lundi 14 novembre 2016

L'envie d'écrire et ses chaînes.


Comme beaucoup de monde, j'ai toujours rêvé d'écrire un livre. Mais plus qu'une passion, c'est chez moi une nécessité que j'ai depuis mon plus jeune âge. Je rêve d'en faire mon métier et je bassine mes proches à ce propos. On me dit qu'il faut que je trouve un travail à côté "Parce que tu sais, ils sont peu à en vivre", on me dit de rester réaliste tout de même parce qu'après tout "Écrire ça n'est pas un vrai métier". Mais on me dit surtout "Continue d'écrire, ne t'arrête pas". Mais voilà mon problème. Je n'y arrive plus. 

Moi qui était une véritable amoureuse du stylo, qui ne pouvais m'empêcher de noter et gribouiller partout et tous les jours, je n'y arrive plus. Évidemment, ça ne s'est pas produit du jour au lendemain. Je vois ça plutôt comme une maladie, un poison qui se mêle petit à petit à mon sang et m'emprisonne peu à peu dans un rôle de statut que je n'ai pas réclamé. Ma main ne supporte plus le poids d'un stylo et ma feuille reste désespérément blanche.
Je sais que ce n'est pas la première fois que cela m'arrive, car comme il existe la panne de lecture, il existe également la panne d'écriture. Mais cela me pèse bien plus que toutes les autres fois où j'ai expérimenté ce phénomène. Pourquoi ? Parce que pour la première fois de ma vie, j'ai réellement le temps d'écrire... et je n'y parviens pas. Ce que je réclamais le plus depuis des années m'arrive enfin : du temps. Et maintenant que je l'ai je suis tout simplement incapable d'en profiter. 



Mon master étant terminé j'ai encore du temps avant de reprendre le chemin des études pour une année de licence professionnelle. Des journées entières que je pourrais passer à mon bureau, ce bureau qui m'a tant manqué durant cette dernière année d'étude où je n'en avais pas dans mon petit appartement. Mais voilà, je suis une fille sérieuse, et il faut bien travailler pour gagner sa vie. Alors j'ai écris des tonnes de CV, de lettres de motivation pour essayer de me trouver un petit boulot en librairie. J'en ai parcouru des rues parisiennes à la recherche de librairie, grande ou petite, qui accepterai ma modeste expérience. J'en ai rencontré des personnes qui m'assuraient me recontacter pour la période des fêtes. Je savais bien que le travail n'allait pas me tomber tout cuit dans l'assiette, mais j'avais l'espoir d'intéresser quelques unes de ces personnes au vu de mes précédents stages. Et pourtant rien... Pas un mail, pas un coup de fil. Pas même une simple réponse négative. Le silence total qui me laisse ruminer mon angoisse naturelle et m'empêche de me libérer l'esprit. 

Parce que je sais bien ce qui m'empêche de reprendre la plume : je n'ai pas la tête vide d'ennuis. Je passe mon temps à me questionner sur mon avenir. Si c'est déjà dur de trouver un travail maintenant, qu'est-ce que ça va être quand j'aurai terminé mes études ? Et si je ne trouvais jamais d'alternance dans le milieu de l'édition, qui voudra bien de moi dans son entreprise ? On me demande un minimum de deux ou trois ans d'expérience, mais comment voulez-vous que je me fasse de l'expérience si personne ne me laisse tenter ma chance ? Ce sont des questionnements sans fin, les mêmes interrogations qui tournent et tournent sans cesse dans mon crâne au point de me faire mal et qui m'empêche de respirer. J'angoisse à l'idée de ne rien trouver, j'angoisse à l'idée de rester bloquer inéluctablement à ce stade. Et si je ne trouvais jamais rien ? Et si je n'avais jamais le niveau demandé ? Que vais-je devenir ? Vais-je finir sous les ponts (oui, j'ai une certaine tendance à tout dramatiser, appelez-moi Sarah Bernard) ?

Alors je rumine ces sombres pensées, je me ronge les lèvres et je trouve la vie bien morne depuis quelques temps. Je sais que je suis de nature à voir les choses en gris, mon âme slave ne m'a jamais vraiment aidé dans ces moments-là. Mais je ne peux m'empêcher d'avoir cette angoisse au fond de moi, qui se tapie dans mon ventre et me fait mal. Et si je n'arrivais plus jamais à écrire ? 


Parce que j'en ai des idées. Ce n'est pas ça qui me manque. Je rêve toujours autant. J'imagine toujours, mais les mots ne veulent pas s'inscrire à l'encre. Tout reste coincé par une porte bloquée et j'ai égaré la clef comme une imbécile. Pourtant ils sont là mes carnets, à ma gauche sur le bureau, bien empilé, n'attendant que mon bon vouloir pour reprendre vie. Et ces romans que je meurs d'envie d'écrire ? Et cette histoire que je porte en moi depuis toujours et qui commençait à marcher sur ses maigres chapitres ? Quand vais-je les reprendre si j'arrive à les reprendre un jour ? 

Mon imagination est comme menottée et bâillonnée contre son gré. Enfermée à double tour dans un coin de ma tête sans parvenir à se faire entendre. Et moi je me désespère de redevenir la fille que j'étais. Je ne cherche pas à revenir quelques années en arrière, le passé reste là où il se terre et ça ma va comme ça. Je cherche juste à reprendre vie, à respirer normalement. Sans écrire j'ai l'impression d'être en apnée. 

Alors en attendant que l'état de grâce revienne à moi, en attendant que le stylo redevienne aussi léger qu'un courant d'air, je rumine et je suis triste. Bloquée dans mon présent trop morne sans fantaisie et trop angoissant avec toutes mes questions qui n'ont à ce jour pas encore trouvé de réponse. Et je me fais du mal en entendant toutes ces personnes parler de tous ces mots qu'elles arrivent à aligner sur des pages. Devrais-je arrêter de m'y intéresser, peut-être pour y revenir plus calmement ? Ou dois-je inlassablement gratter le bois de mon bureau, attendant que ça se débloque de lui-même ? Je ne sais pas. Je ne saurais jamais je crois. Je sais juste que ça me pèse et que j'aimerais bien qu'on me retire toutes ces chaînes. 


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